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Décentration, thérapie métacognitive

La décentration

La décentration peut recouvrir plusieurs termes : métacognition, conscience détachée, re-perception, ou encore méta-conscience. Le préfixe meta notifiant un changement, un dépassement, une mise à distance, nous observons nos pensées, nos sensations et nos émotions, comme si elles émanaient d’une autre personne, et donc sans nous y identifier. Il s’agit de prendre davantage conscience de leur processus, de leur « contenant », que de leur contenu.
Par exemple, au lieu de penser « je suis en colère », je vais m’observer en train de penser que je suis en colère.
« Une idée me vient » va remplacer, avec la décentration, « j’ai une idée ».
« Il y a une douleur », va remplacer « j’ai mal ».

Outre la désidentification, cette conscience détachée va aider à ne pas donner suite aux pensées qui se présentent, puisque notre attention est orientée vers la manière dont elles arrivent et disparaissent, plutôt qu’à leur contenu.

La conscience est définie par la relation entre un sujet et un objet. Je regarde un arbre, je suis le sujet, l’arbre est l’objet. Dans la re-perception, mes pensées, mes émotions et mes sensations deviennent des objets d’observation distincts du sujet qui observe. Ce n’est plus ma pensée ou ma douleur, mais une pensée ou une douleur, je vais juste devenir témoin des douleurs et des souffrances, qui ne seront plus vécues en tant que sujet. La conscience détachée qui observe est ainsi séparée de l’expérience observée.
Les pensées sont alors considérées comme de simples interprétations du vécu, et non comme des représentations précises de l’expérience. Leur contenu n’est plus considéré comme un fait. On a ôté le filtre d’interprétation permanente de la réalité. Le comportement et les émotions sont ainsi moins impactés par les pensées dont le contenu est délaissé.

Cette « capacité à sortir de son expérience immédiate » (Safran et Segal 1990), dans une perspective détachée, permet d’observer ses pensées comme des événements séparés de soi (et non plus centrés sur soi), «  en tant que parties d’un plus grand paysage multiforme ». Le nouveau paysage, cet espace élargi se caractérise par une propre densité, un rythme et une texture spécifiques.
Les processus de focalisation sur soi (centration sur les sensations physiques désagréables, soucis, ruminations) sont ainsi relégués à un plan plus lointain, éloignés voire désagrégés par cette attitude de recul.

En résumé, la mise à distance des émotions et sensations douloureuses apportée par cette décentration est une des spécificités apportées par la méditation qui facilite le recours à la conscience métacognitive (Hargus 2010), capacité à se décentrer de ses pensées et de ses émotions, événements mentaux transitoires plutôt que reflet exact de la réalité.
Les pensées répétitives telles les ruminations sont ainsi diminuées (Teasdale, 1999), et avec elles les facteurs de rechutes dépressives ou d’autres risques psychologiques.

La thérapie métacognitive (A. Wells) reprend ces éléments d’acceptation et de décentration, et se montre prometteuse dans le traitement de la dépression et de l’anxiété, deux pathologies fréquemment associées aux douleurs chroniques, qui, en retour, favorisent un manque de motivation et d’effort, et accroissent la sensibilité à la douleur.
Cette thérapie vise davantage à observer nos processus de pensées, plutôt que leur contenu qui ne reflète pas forcément la réalité.
Déjà, en 1971, le psychologue Daniel Goleman considérait la méditation comme une méta-thérapie, observant des effets semblables à la psychothérapie.