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Méditer empêche de déprimer, la preuve par le scanner

Planetesanté Pulsations - juillet-août 2012

« On peut entraîner l’esprit comme on entraîne un muscle ou un geste dans un sport. » Le Dr Guido Bondolfi, médecin adjoint agrégé au service des spécialités psychiatriques, applique sa maxime depuis plus dix ans avec les patients qu’il suit. Responsable du programme dépression, il a mis sur pied des séances de groupe fondées sur une méthode dite de pleine conscience (mindfulness). « Des exercices de méditation sont enseignés afin d’être plus attentif au moment présent et de tenir à distance les émotions négatives », explique-t-il.

Eviter la spirale de la déprime

Cette pratique est particulièrement bien adaptée aux personnes dépressives qui tombent facilement dans le piège des pensées négatives. En effet, la dépression est une maladie multirécidiviste : la moitié des personnes qui en fait une, en refera une ; après deux épisodes dépressifs, on note 70% de rechutes ; après trois, ce chiffre s’élève jusqu’à 90%. « C’est un peu comme si chaque dépression en appelait une nouvelle », note le Dr Bondolfi. Alors qu’un facteur de stress comme un deuil, une séparation ou la perte de son emploi, peut déclencher la première crise, ce n’est pas toujours le cas pour les suivantes. « Une petite variation d’humeur suffit à provoquer le processus de la rechute. Ces personnes sont happées automatiquement par des pensées, émotions ou sensations négatives, ce qui réactive la spirale de la déprime. »

Le programme s’adresse à des candidats en rémission, mais qui ont déjà fait deux ou plusieurs dépressions et redoutent le retour de la tempête. Il se déroule sur huit semaines au rythme d’une séance hebdomadaire en groupe, de deux heures, animée par un psychiatre ou un psychologue, et complétée par 45 minutes d’entraînement quotidien. « La prise de conscience permet de répondre aux événements au lieu d’enclencher automatiquement des ruminations », détaille le psychiatre. Et les résultats sont probants : le taux de rechute à un an diminue presque de moitié, passant de 63% à 36%.

Zone activée

Fort du succès clinique et de l’intérêt des patients, le Dr Bondolfi vient de mener une étude (lire l’encadré ci-contre) avec l’équipe du Pr Patrik Vuilleumier, directeur du Centre des neurosciences de l’Université de Genève et codirecteur du laboratoire du cerveau et du comportement humains. Les participants ont passé une IRM fonctionnelle du cerveau avant les huit semaines de méditation et une autre après. Là aussi les images sont parlantes. « Plus les personnes étaient anxieuses et dépressives, plus l’effet de la méditation était important sur une région du cortex frontal médial. Avant sans réponse, après nettement plus activée », relève le neurologue. Et le Dr Bondolfi de conclure : « Nous commençons à comprendre quels sont les mécanismes cérébraux impliqués. A l’avenir, le but sera de déterminer avec précision les patients pour lesquels cette méthode a le plus de bénéfices. »

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Image du cerveau des personnes ayant souffert de plusieurs dépressions lors de leur premier scanner (moyenne statistique du groupe). A la vision de scènes émotionnelles, on constate uniquement une activation du cortex visuel et temporal postérieur (zones orangées du bas),
qui est responsable de la détection et de la reconnaissance des émotions.

D.R.
Groupe de méditation

Durant huit semaines, ces personnes ont ensuite pratiqué la méditation. Ces séances, fondées sur la méthode dite de pleine conscience, ont pour but de se concentrer sur ce que l’on fait dans le moment présent et d’observer ses sensations et ses émotions de façon détachée.

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Image du cerveau, lors du deuxième scanner, après les huit semaines de méditation. On observe cette fois en plus une activation des régions frontales médiales (zones orangées du haut), qui sont impliquées dans la régulation des émotions.

D.R.
Exploration cérébrale

L’étude menée par le Dr Guido Bondolfi et le Pr Patrik Vuilleumier, était composée de deux groupes : dans le premier, des personnes ayant fait plusieurs dépressions ou souhaitant apprendre à mieux gérer leur stress et participant au programme de méditation HUG ; dans le deuxième, des non malades ne suivant aucun traitement(groupe contrôle).

Ces deux groupes ont passé un scanner à deux reprises, à distance de huit semaines. Cet examen, entrecoupé par des séances de méditation pour le premier groupe et par aucune thérapie pour le deuxième, visait à mesurer l’activité cérébrale dans trois différentes conditions : au repos, lors d’une tâche attentionnelle, comme détecter des formes apparaissant sur un écran, et pendant une vidéo montrant des scènes de joie ou de colère. « Au cours des trois situations, nous avons constaté dans le premier groupe des modifications dans des régions frontales médiales du cerveau liées à l’introspection et à la régulation des émotions. Cet effet était le plus marqué chez les patients ayant souffert de plusieurs dépressions, notamment dans une zone du cortex cingulaire antérieur. Cette région était nettement plus activée après. La pratique de la méditation leur a permis de mieux contrôler leurs émotions », explique le Pr Vuilleumier
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Méditer pour éviter les rechutes dépressives

La méditation en pleine conscience serait-elle une alternative aux antidépresseurs ? Pas dans toutes les phases d’une dépression ni pour tous les patients. Mais dans le cadre de la prévention des rechutes dépressives, cette méthode dérivée du bouddhisme a le vent en poupe.

Des études prouvent que la méditation en pleine conscience est une approche efficace pour prévenir les récidives dépressives. Le Dr Guido Bondolfi, psychiatre-psychothérapeute aux HUG et spécialiste de la dépression, l’a découverte auprès de psychiatres du Canada anglophone il y a une dizaine d’années. Plus connue sous le terme mindfulness, cette approche consiste à être pleinement conscient de l’état de son esprit dans le moment présent.

La dépression est malheureusement une maladie récurrente, puisqu’on sait que les troubles dépressifs majeurs récidivent dans près de la moitié des cas après un premier épisode. Et, plus on a fait d’épisodes, plus on risque de rechuter. Les chiffres sont parlants puisque ce risque s’élève à 70% après deux épisodes pour atteindre 90% après trois épisodes.

Face à cette vague de rechutes, l’idée de la pratique de cette forme de méditation qu’est le mindfulness, et qu’il ne faut pas confondre avec de la relaxation, est de développer une sorte d’entraînement de l’esprit qui permette au patient de reconnaître les mécanismes qui annoncent le retour de la maladie. Tout en se tenant à l’écart du précipice, sans enclencher de réaction automatique, alors que ses tendances habituelles sont le contrôle ou la fuite.
Eviter de ruminer sans fin

Les dépressifs tombent facilement dans le piège des pensées ou émotions négatives accompagnées de sensations physiques désagréables. Quand ils sont confrontés à un état de tristesse transitoire ou à une baisse de l’humeur, ce tourbillon négatif peut réactiver la spirale de la déprime et déclencher une rechute. Pour le Dr Guido Bondolfi, « la méditation permet de se concentrer sur le présent, de se tenir à l’écart des ruminations négatives et de se déconnecter de cette spirale. En étant plus attentifs au moment présent, les patients parviennent à reconnaître ces ruminations dès leur apparition. » Pour ne pas se laisser envahir par elles et prendre de la distance, ils apprennent à se recentrer, notamment sur leur respiration. « L’idée est de ne pas laisser partir les pensées, de ne pas ruminer sans fin, ajoute le spécialiste. Mais d’être pleinement connecté à l’expérience présente, de mieux parvenir à identifier ses pensées, ses émotions et ses sensations corporelles. Cette prise de conscience permet de répondre aux événements avec une certaine distance au lieu d’y réagir automatiquement. » Le psychiatre genevois précise également qu’il faut démystifier cette approche issue de la méditation bouddhiste et lui enlever sa dimension exotique : « c’est une approche clinique de la méditation que nous proposons dans nos thérapies de groupe, une tradition millénaire édulcorée à visée thérapeutique. » Il ne s’agit donc pas de devenir bouddhiste pour les dépressifs qui adoptent le mindfulnesss !

Pratiquer la méditation chez soi aussi

Le Département de sante mentale et psychiatrie des HUG propose un programme de 8 semaines de psychothérapie cognitive intégrant le mindfulness, à raison de deux heures hebdomadaires. Divers exercices de méditation sont enseignés aux patients. Les candidats ne sont pas en plein épisode dépressif, mais redoutent plutôt le retour de la tempête. « La dépression est une affection qui se caractérise par un très haut risque de rechutes, précise le Dr Guido Bondolfi, une vulnérabilité cognitive caractérise donc nos patients qui passent par des phases de fragilité. Les groupes que nous proposons sont destinés à des patients ayant souffert de dépression mais qui sont pour l’instant en rémission. Et nous constatons un impact positif de la méditation, avec une réduction des risques de rechute. » Pendant les deux mois de thérapie, ils s’engagent à pratiquer quotidiennement 45 minutes de mindfulness chez eux. « Nous les encourageons à continuer cette pratique à la fin du programme. L’idée est vraiment qu’ils deviennent autonomes », conclut le psychiatre.