Accueil du site > Méditation guidée ? > Méditation guidée ou relaxation ?

Méditation guidée ou relaxation ?

«  Je n’ose plus parler de méditation….je ne sais même plus s’il faut que j’emploie ce terme  ». Cette remarque de Fabrice Midal lors d’une émission sur Europe1, le 22 janvier, fait écho à celle d’Alexandre Jollien :« Le danger est d’en faire une baguette magique, un effet de mode, un produit que l’on vend sur des étals * ». Et concernant la méditation au travail, suite à la question « la méditation dite de pleine conscience est particulièrement en vogue, qu’en pensez vous ? », il répond «  cela peut être hypermaltraitant … ».

Je pratique la méditation depuis de nombreuses années et il me semble qu’il est effectivement temps de redéfinir quelques bases théoriques et pratiques, avant que cet « effet de mode » ne disparaisse en emportant avec lui tous les bénéfices de cet entrainement mental.
Je n’ai pas la prétention d’en connaitre toutes les subtilités, je vais donc me limiter à quelques points qui me paraissent essentiels, en me basant sur les notes prises au cours des séances que j’anime depuis 10 ans.
Cette note est la première.

Avant chaque cycle de ‘’formation’’, je propose à chaque participant un entretien préalable qui permet de déceler une éventuelle contre-indication, de préciser ses attentes, de définir le programme, avec un pré-requis : une pratique de méditation, au minimum « guidée », afin de consacrer nos rencontres à une progression visant une autonomie de la pratique.
Et de plus en plus fréquemment, voire systématiquement, il devient nécessaire de préciser que méditation et méditation « guidée » ne sont pas synonymes. C’est ce premier point que j’aimerais évoquer aujourd’hui. Tentons de préciser la justesse de ces termes.

En deux mots, la méditation est une attention permanente, active, à ce qui se passe à l’instant présent, en laissant passer les pensées.
« Guidé » signifie ici qu’on se contente de suivre passivement ce qu’une voix (souvent indolente) nous dit de faire. On parle alors de relaxation, de sophrologie, et non de méditation. Ecouter une fois ou deux est utile pour connaitre le déroulement d’un exercice de méditation. Ensuite, si l’on souhaite apprivoiser notre mental et ainsi ne pas entrer dans une rumination, l’entrainement attentionnel, quotidien, régulier, actif donc sans enregistrement, devient nécessaire.
Un consensus à ce sujet existe entre les professionnels de la méditation, les moines de toute obédience, et les scientifiques qui nous informent que la plasticité neuronale ne peut fonctionner qu’avec un « travail » actif et non passif : apprendre une langue étrangère, pratiquer le jeu d’échecs, les mots croisés, un nouveau sport, sortir de ses habitudes, de ses ornières mentales, élargir son cadre de confort. On est loin de la passivité d’une « méditation guidée ».

Cette baguette magique, cet effet de mode, ce produit qu’on vend sur les étals, qu’évoque A. Jollien, a sans doute pour origine cette assimilation fâcheuse. Différencier la méditation de la relaxation et de l’hypnose serait certainement un préalable à tout engagement dans cette pratique rigoureuse mais étonnante quant aux bénéfices qu’elle peut apporter.

Je laisse le mot de la fin pour les aficionados de C. André : « Ecouter un CD d’exercices de méditation pour prendre connaissance de son contenu, ce n’est pas comme faire ces exercices ».

*Philosophie magazine, décembre 2017
**Méditer jour après jour, 2011